jeudi 23 juin 2016

La tenture des grotesques par la manufacture de Beauvais

La tenture des Grotesques
par la Manufacture de Beauvais

Cet ensemble de compositions décoratives à petits personnages, rappelant les «grotteschi» de Raphaël, a été tissé dès avant 1694 et jusqu'en 1730. Les esquisses ont été fournies vraisemblablement par Jean Ier Berain, « dessinateur de la Chambre et du Cabinet du Roi », et les cartons ont été établis par Jean-Baptiste Monnoyer (1636 -1699), peintre de fleurs.

Cette tenture fut tissée à la Manufacture de Beauvais sous la direction du flamand Behagle, directeur de la Manufacture à partir de 1684, et fut reproduite à de très nombreuses reprises pour satisfaire la riche clientèle de la noblesse et de la bourgeoisie, mais aussi pour faire concurrence aux ateliers flamands dont Bruxelles.

Au moins trois séries des grotesques de Beauvais furent livrées à la couronne ou à la famille royale.
- La première en 6 pièces en juin 1696 au Garde-meuble de la Couronne pour le service de Marly.
- une autre livraison est signalée pour le service du jeune Louis XV en 1727 (j'en ignore la destination).
- Le comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV, en commanda une série de 7 pour son château de Rambouillet.
Composition de la tenture

La tenture complète comprenait au moins 6 sujets principaux marqués tantôt par l'exotisme, tantôt par la mythologie :
- Le Dompteur et le dresseur d'animaux
- L’Éléphant
- Le Dromadaire
- Les Musiciens
- L'offrande à Pan
- L'Ofrande à Bacchus

Ces décors étaient modulables et certains détails comme les vases et le paon pouvaient être tissé pour eux-mêmes.
On y trouvait également des panneaux aux armes de commanditaires comme celle de Fleuriau d'Armenonville ou des Gontaut-Biron.

Ces sujets s’insèrent dans un décor théâtral composé de baldaquins, de draperie et de rinceaux. Cet ensemble ornemental s'inspire des gravures de Berain.

Différentes bordures furent utilisées pour ces tapisseries, la plus riche est faite de rinceaux et de médaillons comportant des personnages chinois évoquant les 5 sens (ouïe, vue, odorat, toucher et le gout).
Cette bordure est attribuée à Guy Louis Vernansal (1648–1729), autre dessinateur et peintre ayant travaillé pour la manufacture de Beauvais dont la célèbre tenture de l'Empereur de Chine.

samedi 28 avril 2012

Etienne Martincourt, sculpteur, modeleur et Bronzier

Maitre en 1762, mort après 1791

Peu de chose sont actuellement publiées sur Etienne Martincourt, né à Paris à une date inconnue.
Il fut d’abord reçu maitre bronzier le 8 juillet 1762 puis reçu à l’Académie de Saint-Luc le 26 novembre 1763.
Cette académie regroupait des peintres et sculpteurs en arts décoratifs hors de l’académie royale.
En tant que membre de la corporation des bronziers et de l’Académie de Saint-Luc, Martincourt pouvait aussi bien dessiner que produire des objets en bronze doré sans craindre les poursuites judiciaires des corporations.

Comme nombre de ces confrères, il travailla sur la rive droite de la Seine à Paris au nord du Louvre, un quartier qui accueillait les bronziers depuis le moyen-âge.
En 1772 et 1777, il est enregistré comme vivant près du cimetière Saint-Jean (actuelle place du Bourg Tibourg), plus précisément rue Sainte-Avoie ou il était voisin du sieur Forestier, autre artisan célèbre au service de la couronne.

En 1764, il présenta son chef-d’œuvre, un groupe représentant « un enfant effrayé par un serpent ».
En 1769, il reçut commande du lutrin en marbre et bronze de la cathédrale de Beauvais.
En 1786, l’Almanach Dauphin le cite comme sculpteur, modeleur et fondeur.
En 1789, on le retrouve comme assesseur dans une affaire opposant les héritiers de la duchesse de Mazarin au bronzier Pierre Gouthière. Il fut d‘ailleurs l’un des fournisseurs de la prodigue duchesse.

Il travailla également pour la couronne, Mesdames à Bellevue et le comte d’Artois à Bagatelle.
On trouve trace dans le boudoir du rez-de-chaussée de Bagatelle d’une pendule au sujet de « Thétys plongeant Achille dans les eaux du Styx » dont le modèle est attribué à Martincourt.
Il fournissait directement ses confrères horlogers comme Lepaute ou Antide Janvier, tous deux au service du garde-meuble et des menus-plaisirs de la couronne.
Il produisit également des bronzes d’ameublement, probablement pour le grand Riesener.

Œuvres de ou attribuées à Martincourt

 - Une Pendule à l’astronomie et à la géographie dit également de Clio et d’Uranie, conservé à Getty Musem, Malibu.
Une pendule de ce modèle est inventoriée sous la révolution sur la cheminée du cabinet du conseil aux Tuileries.
« N0.5: Une pendule en forme de vase ornée de deux figures représentant l'astronomie et la géographie, le tout en cuivre doré et or moulu, le mouvement à sonnerie - 2 pieds de haut et 1 pied 6 po. de large - par Charles le Roi, Chez M. Robin. "
Elle avait précédemment figuré dans la chambre du roi à Marly ou elle fut fournie en 1769 par le valet de chambre Le Faucheur.
Il s’agit donc d’une livraison à Louis XV, d’un « nouveau model » probablement crée pour le roi.
Un dessin de la pendule signé par le bronzier Martincourt a permis l’attribution du modèle.
Cette oeuvre est connue par d’autres exemplaires des 18e et 19 siècles.
Une pendule à l'allégorie du temps, conservée à la Wallace collection, Londres
Les bronzes sont attribués à Martincourt d’après un dessin du sculpteur Pajou. 
Cette pendule dériverait d’une version plus grande commandée mais jamais livrée à la duchesse de Mazarin.
- Une pendule au triomphe de l’amour sur le temps, conservée à Metropolitan Museum, New-York.
Les figures d’après Augustin Pajou (1730–1809) sont reprises d’un projet de pendule plus complexe réalisé par le sculpteur en 1775 pour le prince de Condé. 
Un modèle en terre cuite sera réalisé mais pas la pendule. Sa version simplifiée verra cependant le jour et les figures de bronzes ont été fondues par Étienne Martincourt
Un pendule astronomique à motif de lyre et à trois cadrans, conservée au Minneapolis Institute of Arts.
Le mouvement de Jean-Antoine Lepine, les emaux de Joseph Coteau, les bronzes dorés et le marbre attribués à Etienne Martincourt
Cette pendule, datée de 1789, fait partie d’une série de 3 connues à ce jour dont l’une fut livrée en 1786 pour le grand salon de Mesdames à Bellevue (Musée de Detroit), celle de Minneapolis passe pour provenant des collections du comte de Provence.
La troisième, dont le mécanisme a été modifié pendant la révolution, est passée en vente.  

- Une paire de flambeaux vers 1780, conservée à Getty Museum, Malibu
Ces flambeaux font partie d’une série portant l’inscription Étienne Martincourt gravée sous le pied.
D’autres paires sont connues, une à la Wallace collection, un autre au British Museum, deux paires à la Huntington gallery.
Le modèle avec quelques différences sera repris sous l’Empire puis copié dans la seconde moitié du 19e siècle par Henri Dasson.
Sources :
Les Bronzes dorés du XVIIIe siècle, Pierre Verlet, Picard
Wallace collection catalogues, Furnitures, FJH Watson, 1956
Master pieces of the J.P Getty Museum, decorative arts
The Dodge collection of eighteenth century french and english art, Hudson hill press.
The French bronze, 1500 to 1800, Jacques Fisher
La folie d’Artois, Bronze et bronziers de Bagatelle, Christian Baulez, Edition L’objet d’art,
Le château de Marly sous Louis XIV, Stephane Castellucio
Pajou, sculpteur du roi, James David Draper-Guilhem Scherf, Musée du Louve, RMN
Dictionnaire du Paris disparu, Alfred Pierro, Parigramme

mardi 24 avril 2012

Domenico Cucci, ébéniste du roi



Originaire de la région de Rome ou il est né vers 1635 , il travaillera aux Gobelins jusqu'à sa mort survenue en 1704 ou 1705.
D'abord ébéniste, puis fondeur, il réalisait de superbes bronzes d'ornementation.
Novateur, Cucci n'hésitait pas à pratiquer plusieurs techniques (sculpture du bois, incrustation de pierres, marqueterie) sur un même meuble.

La plupart de ses chefs d'œuvre ont été détruits, à l'exception des moulures de bronze qu'il réalisa pour la galerie des Glaces de Versailles, d’une paire de cabinets fabriqués aux Gobelins et maintenant conservés en Angleterre et peut-être d'une autre paire de cabinets encore en possession des ducs d'Aumont à la fin du XVIIIe siècle (non localisés).

Un grand cabinet baroque daté vers 1665-1675, vendu par Christie's en décembre 2009, lui a été attribué avec l'atelier de la Manufacture des Gobelins .

Entre 1664 et 1667, il livre les cabinets d'Apollon et de Diane, ornée de gouaches de Werner dont Louis XIV sous les traits d'Apollon et Marie Thérèse sous les traits de Diane. (Gouaches conservées à Versailles).

Viennent ensuite les cabinets du « temple de la gloire » et du « temple de la Vertu » pour la galerie d'apollon au Louvre., également appelés cabinets de la paix et de la guerre, réalisés en collaboration avec Pierre Gole. 
Ils présentaient en leurs centres les bustes de Louis XIV et Marie Thérèse conservés dans la collection des Bronzes de la couronne (Buste de Louis XIV disparu au XIXe siècle, buste de Marie-Thérèse à Versailles).

En 1667 et 1673, il réalise deux grands cabinets d'ébène marqueté d'étain à 4 grandes colonnes torses à fond lapis (visibles sur une tapisserie de l'histoire du roi). 
Ils furent envoyés à Versailles avec 4 autres cabinets et 4 tables.

En 1678, il livre un cabinet d'orgues porté par des sphinx dorés pour l'antichambre du roi à Versailles.

En 1683, il livre deux grands cabinets de pierres dures (pietra dura) à Versailles aujourd'hui chez le duc de Northumberland à Alnwick.
puis viennent deux cabinets de marqueterie et bronze doré pour l'orgue et le clavecin dans la grand chambre du roi (œuvres inachevés).

Enfin, commencent les travaux du lambris de lapis et d'écaille de tortue pour la petite galerie du roi jusqu'en 1688, avant l'abandon définitif du projet. 

Les commandes royales livrées par Cucci furent dispersées au milieu du 18e siècle lors des ventes du garde-meuble ordonnées par Louis XV.  
Ces chefs d’œuvres du mobilier baroque furent alors pour la plupart dépecés pour récupérer les matières les plus précieuses comme les plaques en marqueterie de marbre.
Nombres d'entre-elles, désormais anonymes, furent réutilisées sur des meubles produits pendant le règne de Louis XVI.



vendredi 20 novembre 2009

La Manufacture de la Savonnerie

La Manufacture de la Savonnerie

Historique :

Le XVII siècle

L'histoire du tapis en France débute avec la fondation, par Henri IV, de la manufacture de tapis " façon de Perse et Levant " établie dans les galeries du Louvre et dirigée par Pierre Dupont (1560-1640).
Le sieur Dupont avait effectué un voyage en Turquie et ramené en France la technique du point noué, permettant de tisser « des tapis veloutés façon du Levant ».

Un autre lissier, Simon Lourdet (vers 1590-1667), apprenti de Dupont, fonda à son tour 1627 une manufacture de tapis par privilège royal de Louis XIII.
Ce nouvel atelier s’installa sur le site d’une ancienne manufacture de savon ou « savonnerie » au pied de la colline de Chaillot, à l emplacement de l’actuel du Palais de Tokyo à Paris.
Cette ancienne manufacture avait été transformée en orphelinat par Marie de Médicis. Les orphelins devinrent alors pour notre entrepreneur une main d'œuvre bon marché.

La production de tapis fut donc divisée en deux ateliers distincts, dirigés chacun par les descendants des fondateurs :
Louis puis Bertrand Dupont d’une part dans les galeries du Louvre, Philippe Lourdet, sa veuve Jeanne Haffrey puis leur fils, à Chaillot d’autre part.

En 1663, Colbert réorganise la Savonnerie. Il la place, comme les Gobelins, sous la direction artistique de Charles Le Brun, premier peintre de Louis XIV.

La manufacture connaît alors une période d’intense activité. Sa production, exclusivement réservée au roi, sert à des présents diplomatiques et à l'ameublement des résidences royales.
A partir de 1665, 13 tapis seront été mis sur métier pour la Galerie d'Apollon au Louvre.
En 1671, les ateliers sont réunis dans la manufacture de Chaillot.

Ensuite, de 1670 à 1685, la plus importante commande de la Manufacture sera le tissage des 93 tapis pour la grande Galerie du Louvre, chaque pièce mesurant 9 mètres de long environ.
Viendront ensuite les tapis pour Versailles dont les deux grands tapis pour la galerie des Glaces (disparus).
Ces ensembles sont représentatifs de l'art de la Savonnerie sous Louis XIV et du style de Charles Le Brun à la tête des manufactures royales.

Malgré cela, la concurrence avec les Gobelins et la nouvelle manufacture royale de Beauvais, ainsi que les restrictions financières de la fin du règne, plongèrent durablement la manufacture dans un période de difficultés financières. Les commandes se firent rares. Cette situation précaire perdura au début du XVIIIe siècle.

La manufacture de L'Hôtel des Invalides :

Au 17e siècle, il a existé à Paris une autre manufacture de point noué dont l'histoire est à écrire mais dont certains éléments ont été identifiés.
Il s'agit de la Manufacture de l'hôtel des Invalides à Paris ayant produit entre1678 et 1684 (?).
Y faisait-on travailler les militaires malades et leurs familles à défaut des orphelins ?

Un ensemble de cette manufacture a été identifié. Il est réalisé d'après les cartons de Claude Huilliot (vers 1632-1702), peintre du roi, renommé pour ses natures mortes.

Cet ensemble est actuellement réparti dans les collections nationales :
- 2 Entrefenêtre à trophée d'armes et à la devise de Louis XIV exécutées pour la salle du Conseil de l'hôtel des Invalides (Louvre, Don François-Gérard Seligmann, 2000)
- Une tapisserie à trophée et armes royales (Musée Camondo, Paris)
- Une tapisserie à trophée et armes royales (Musée villa Ephrussi, Saint Jean Cap Ferrat)

Le XVIIIe siècle

En 1708, le duc d’Antin écrit dans un rapport à Louis XIV : « cette belle manufacture est sur le point de sa chutte » ajoutant qu’il fallait s’engager à la soutenir.
En réponse, il obtient en 1709, la commande de l’important ensemble de tapis de la chapelle de Versailles, dernier chantier du roi Soleil.
Les dessins de cette commande seront l’œuvre de Jean-Baptiste Blin de Fontenay père (1653-1715).

La Régence arrétera cette commande. A cette époque, les commandes serontrares et la Savonnerie exécutera diverses commandes privées.
Parmi celles-ci sont enregistrés les noms des familles d'Orléans, de La Rochefoucauld et de Mérode-Czernin.

Pour relancer sa production, la manufacture royale se diversifiera, à la même époque, dans la production de paravents, portières et garniture de meubles et de sièges (lits, chaises et fauteuils, tabourets et pliants, bancs et canapés).
Ces productions, appréciées pour leur solidité, furent essentiellement réservés aux meubles d’antichambre ou de galerie puis de salle à manger.

On relève enfin un dernier type de production. Il s’agit de la reproduction de tableaux en tapisseries.
Il s’agit le plus souvent des « chefs d’œuvres de maitrise », présentés à la fin de l’apprentissage des lissiers de la manufacture, comme cela se faisait à la manufacture des Gobelins.
Cependant des répliques des portraits royaux ou princiers pouvaient être commandées à la manufacture.

En 1714, le seul Bertrand Dupont dirige les deux ateliers. Son neveu par alliance, Jacques Noinville, sera régisseur de la manufacture de 1720 à 1742.
Louis XV y passa de nombreuses commandes, telle que les tapis pour la chambre du Roi (1728) et la chambre de la Reine (1730) à Versailles, celui de la Chapelle de la Trinité à Fontainebleau (1737).

Au 18e siècle, les plus beaux modèle de tapis sont du aux talents des dessinateurs Pierre-Josse Perrot (1700-1750) ou Jean-Baptiste Blin de Fontenay fils (1688-1730).
Les cartons de paravents et portières seront fournis des peintres comme Jean Baptiste Oudry (1686-1755), François Desportes (1661-1743) ou Alexandre-François Desportes (1719-1784).

Ils seront retissés jusque que sous Louis XVI mais à l’époque de ce monarque, les garnitures en savonnerie sont passées de mode au profit de simpes velours.
Le garde-meuble s’approvisionne en tapis également auprès des manufactures de Beauvais ou d’Aubusson, réduisant encore le rôle de la savonnerie
Face à cette concurrence, la manufacture s’ést ouverte à la clientèle privée probablement dans les années 1760.

Nommé dessinateur de la manufacture de tapis de la savonnerie, le peintre de fleurs Michel-Bruno Bellangé ou Bellengé (1726-1793) donna de nouveau cartons sous Louis XVI.
Il eut le quasi-monopole des dessins de la Savonnerie. Il créa un style floral très personnel et fournit de nombreux modèles pour les appartements royaux dont ceux de Marie Antoinette à Fontainebleau ou Versailles.
Il fut imité par la manufacture de Beauvais.

L’architecte et décorateur du comte d’Artois, François-Joseph Belanger (1744-1818), donna également des cartons.
Il travailla par exemple à des modèles pour la duchesse de Mazarin (dessin au MET, New-York)

De 1743 à 1826, trois membres de la famille Duvivier se succéderont à la tête de la manufacture :
Pierre-Charles (1743-1773), Nicolas-Cyprien (1774-1807), et Ange-Pierre (1807-1826).
Peu avant la mort du dernier Duvivier, en 1825, la manufacture sera regroupée avec celle des Gobelins à Paris.

Bibliographie
Louis Braquenié et J. Magnac, La manufacture de la Savonnerie du Quai de Chaillot, Paris, 1924
Madeleine Jarry, The Carpets of the Manufacture de la Savonnerie, Leigh-on-Sea, F. Lewis, 1966
Pierre Verlet, Savonnerie, The James A. De Rothschild Collection at Waddesdon Manor, London, 1982
Jean Vittet, Tapis de la Savonnerie pour la chapelle royale de Versailles, 2006

La Manufacture des Gobelins

La Manufacture des Gobelins

Le lieu dit des Gobelins à Paris avait été occupé vers 1443 par un dénommé Jehan Gobelin, originaire de Champagne près de Reims.
Sur les bords de la Bièvre, il fonde au milieu du XVe siècle un atelier de teinture célèbre pour ses rouges.
L'intéressé et ses descendants parviennent à une telle notoriété que les Gobelins désignent, au XVIe siècle, tout un quartier situé autour du bourg Saint-Marcel.

Dès 1601, sous l'impulsion de Barthélemy de Laffemas, contrôleur général du Commerce de Henri IV, deux lissiers venus des Flandres, Jean de la Planche et Marc de Comans, s'installent à cet emplacement.

En 1662, l'entreprise devient officiellement la Manufacture Royale des Gobelins, grâce à Colbert qui réussit à convaincre Louis XIV de l’intérêt d’une telle manufacture :
Limiter les importations de tapisseries des Flandres, celles de Bruxelles en particulier.
Charles Le Brun, premier peintre du roi en 1664, est chargé de la diriger.

En novembre 1667, un édit royal fixe les grands principes d'organisation de cet établissement qui dès lors ne s'occupe plus uniquement de tapisserie : ébénisterie, fonderie et orfèvrerie comptent parmi les disciplines représentées.
Colbert y regroupe les autres ateliers de lissiers dépendant de la couronne (Louvre) et celui créé à Maincy par Fouquet. .
La Manufacture des Gobelins s'intègre alors dans l'ensemble de la Manufacture royale des meubles de la Couronne.

Les Gobelins ont survécu depuis à de nombreuses secousses souvent liées à l'Histoire :
Avatars financiers, changements de direction et des régimes politiques, incendie des bâtiments, etc.
Depuis 1937, Les Gobelins dépendent de l'administration du Mobilier National, héritier du fonds des anciens garde-meubles royaux et impériaux.
La manufacture continuent de fournir l’Etat avec des créations d’artistes contemporains.

Récemment, le Mobilier National a réouvert une galerie d’exposition ou elle présente par roulement son fonds ancien de tapisserie ou les œuvres récentes tombés des métiers.

L'Administration de la manufacture du XVIIe au XVIIIe siècle :

Sous l'ancien régime, de la fondation de la manufacture, en 1662, à la révolution française, les Gobelins restèrent soumis à l'administration des Surintendants et directeurs des bâtiments du roi.

Ce furent successivement :
De 1662 à 1683, Jean-Baptiste Colbert
De 1683 à 1691, François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois
De 1691 à 1699, Edouard Colbert, marquis de Villacerf de Payens (Colbert de Villacerf)
De 1699 à 1708, Jules Hardouin Mansart
De 1708 à 1736, Louis de Pardaillan de Gondrin, duc D'Antin
De 1735 à 1745, Philibert Orry
De 1745 à 1751, Charles François Le Normant de Tournehem
De 1751 à 1773, Abel Françpos Poisson, marquis de Marigny
De 1773 à 1774, Joseph Marie, Abbé Terray
De 1774 à 1793, Claude de la Billarderie, comte d'Angiviller

La charge des surintendants ou directeurs et ordonnateurs des bâtiments du roi disparut en 1793 lorsque le comte d'Angiviller émigra.

Les Directeur et administrateurs de la manufacture :

De 1662 à 1690, Charles Le Brun
De 1690 à 1695, Pierre Mignard
De 1699 à 1735, Robert de Cotte
De 1735 à 1747, Jules Robert de Cotte
De 1747 à 1755, Garnier de l'Isle
De 1755 à 1781, Jacques Germain Soufflot
De 1781 à 1789, Jean Baptiste Marie Pierre
De 1789 à 1792, Charles A. Guillaumot
De 1792 à 1793, Jean Audran

Les Directeurs artistiques :

De 1699 à 1735, Robert de Cotte
De 1731 à 1735, Jean Baptiste Oudry
De 1753 à 1770, François Boucher
De 1771 à 1775, Noël Hallé

Les Chefs d'ateliers de la manufacture des Gobelins :

Jean Jans, 1662-1731
De la Croix, 1663-1714
Jean Le Féline, père, 1663-1699
JB Mozin, 1663-1693
J de la Fraye, 1693-1730
Jean Sauet, 1693-1724
Le Fevre, fils, 1699-1749
EC Le Blond, 1701-1752
LO De La Tour, 1703-1734
M Monmerqué, 1730-1749
M et J Audran, 1733-1792
PF Cozette, 1736-1801
J Neilson, 1749-1788
MH Cozette, 1788-1792

La Liste des tentures tissées aux Gobelins sous l'ancien régime (1662-1794) :

De 1662 à 1699 :
PORTIERES DES RENOMMEES, d'après Charles Le Brun
PORTIERE DE MARS, d'après Charles Le Brun
PORTIERE DU CHAR DE TRIOMPHE, d'après Charles Le Brun
PORTIERE DE LA LICORNE, d'après Charles Le brun
SOUBASSEMENTS, d'après Charles Le Brun
VERDURE DES GOBELINS, d'après Charles Le Bun
L'HISTOIRE DE CONSTANTIN, d'après Charles Le Brun
L'HISTOIRE DE MELEAGRE (6 pièces, 2 entrefenêtres), d'après Charles Le Brun
L'HISTOIRE DE MOÏSE (8 pièces), d'après Nicolas Poussin
LES MUSES(10 pièces), d'après Charles Le brun
FESTONS ET RINCEAUX, d'après Charles Le brun
LES ACTES DES APOTRES, d'après Raphaël
LES ELEMENTS (4 pièces) , d'après Charles Le Brun
LES SAISONS (4 pièces), d'après Charles Le Brun
LES ENFANTS JARDINIERS (6 pièces), d'après Charles Le Brun
L'HISTOIRE DU ROI (14 pièces), d'après Charles Le brun
LES MOIS OU LES MAISONS ROYALES (12 pièces, 8 entrefenêtres), d'après Charles Le Brun
L'HISTOIRE D'ALEXANDRE (11 pièces), d'après Charles le Brun
L'HISTOIRE DE MOÏSE (2 pièces), d'après Charles Le Brun
LES CHAMBRES DU VATICAN (10 pièces), d'après Raphaël
LES TRIOMPHES DES DIEUX (8 pièces), d'après Noël Coypel
LES SUJETS DE LA FABLE (8 pièces), d'après Jules Romain
LES SUJETS DE LA FABLE (8 pièces), d'après Raphaël
LES FRUITS DE LA GUERRE OU FRUCTUS BELLI (10 pièces) d'après Jules Romain
L'HISTOIRE DE SCIPION (10 pièces), d'après Jules Romain
LES CHASSES DE L'EMPEREUR MAXIMILIEN (12 pièces) d'après Bernard Van Orlay
LES MOIS ARABESQUES (12 pièces), d'après Raphaël
LES MOIS LUCAS (12 pièces), d'après Lucas de Leyde
LES INDES (8 pièces), d'après Albert Eckout et Franz Post
LA GALERIE DE SAINT-CLOUD (6 pièces), d'après Pierre Mignard

De 1699 à 1736 :
LES PORTIERES DES DIEUX (8 pièces, les éléments et les saisons), d'après Claude III Audran
ENTREFENETRES DES TERMES, d'après Le Brun
LES DOUZE MOIS GROTESQUES PAR BANDES, d'après Claude III Audran
L'ANCIEN TESTAMENT (8 pièces), d'après Charles Antoine Coypel
LE NOUVEAU TESTAMENT, d'après Jean Jouvenet et Restout
LA TENTURE DES METAMORPHOSES (15 pièces), d'après différents peintres du roi
LA TENTURE DES CHANCELLERIES, d'après Claude III Audran
L'HISTOIRE DE DON QUICHOTTE, (28 pièces), d'après Charles Antoine Coypel
DAPHNIS ET CHLOE (4 pièces), d'après les peintures du régent, Philippe d'Orléans et Coypel
L'ILLIADE (5 pièces) , d'après Charles Antoine Coypel
NOUVELLE PORTIERE DE DIANE, d'après Pierre Josse Perrot
NOUVELLE PORTIERE AUX ARMES DE FRANCE, d'après Pierre Josse Perrot
L'AMBASSADE TURQUE (2 pièces), d'après Charles Parrocel
LES FRAGMENTS D'OPERA, d'après Charles Antoine Coypel
LES CHASSES DE LOUIS XV (8 pièces), d'après Jean Baptiste Oudry

De 1736 à 1794 :
L'HISTOIRE D'ESTHER (7 pièces), d'après Jean François de Troy
LES NOUVELLES INDES (8 pièces), d'après François Desportes
DAPHNIS ET CHLOE, d'après Etienne Jaurat
TENTURES DES ARTS (2 pièces), d'après Jean Restout
L'HISTOIRE DE MARC ANTOINE (3 pièces), d'après Charles Natoire
L'HISTOIRE DE JASON (7 pièces), d'après Jean François de Troy
L'HISTOIRE DE THESEE (1 pièces), d'après Carle Van Loo
SCENES D'OPERA, DE TRAGEDIE ET DE COMEDIE, d'après Charles Antoine Coypel
LES FETES DE VILLAGES, d'après Etienne Jaurat
LE LEVER ET LE COUCHER DU SOLEIL, d'après François Boucher
LES AMOURS DE DIEUX, (21 pièces) d'après différents peintres du roi
LES TENTURES de François Boucher
NOUVELLE TENTURE DES ELEMENTS, d'après Maurice Jacques
PORTRAITS DU ROI ET DE LA FAMILLE ROYALE, d'après différents peintres
LE COSTUME TURC (4 pièces), d'après Amédée Van Loo
L'HISTOIRE D'HENRI IV (5 pièces), d'après FA Vincent
LES SAISONS (5 pièces), d'après A Callet
L'HISTOIRE DE FRANCE (9 pièces), d'après différents peintres du roi

jeudi 19 novembre 2009

Aubertin Gaudron (actif vers 1670-1713)

Bonjour, Je commencerai mes posts par un travail que j'ai déjà réalisé sur un forum consacré à Versailles : http://versailles.forumculture.net/index.htm

Sur ce forum, j'ai déjà publié des biographies de menuisiers et ébénistes ayant livré la cour de France. Elles me serviront de base pour débuter le blog qui s'enrichira de nouvelles notices biographiques sur ces artisans.

Je commence avec Aubertin Gaudron (actif vers 1670-1713)

Qualifié de maître-menuisier en ébène, Aubertin Gaudron (ou Gauderon) fut l’un des principaux fournisseur du garde-meuble royal français entre 1687 et 1713.
Il réalise de nombreux meubles dont une grande armoire pour l'antichambre du roi à Marly, l'estrade de la chambre de la Dauphine, le mobilier du Duc de Bourgogne...
Il fut également le fournisseur de Monseigneur de Béthune, du Prince de Condé, du duc de Chartres and du duc d'Anjou.

Il disposait d’un atelier rue saint Honoré à Paris.
Aucune œuvre n’est aujourd’hui formellement identifiée comme d’origine royale même ni le style de l’ébéniste tend à être mieux cerné.
Il aurait signé ses œuvres de ses initiales AG, marque retrouvée sur plusieurs meubles d’époque Louis XIV.

Il travailla les mêmes matières et dans un style proche de son confère Charles André Boulle :
marqueterie de bois précieux ou de métal.

Il livra ainsi une paire de bureaux au Garde-Meuble royal le 16 Novembre 1688.
Destinés à l’appartement de Madame de Maintenon à Versailles, ils sont décrit comme :

-« deux bureaux de marqueterie de bois à fleurs de rapport ayant chacun sept tiroirs et une armoire dans le milieu fermant à clef dont les entrées des serrures sont de bronze doré, au dessus est representé un vase pleins de fleurs posé sur une table d'attente aux oiseaux et papillons portez par 8 piliers en termes avec bazes det boulles dorées, les bureaux ont chacun 3 pieds 10 pouces de long 28 pouces de large sur 29 pouces de hauteur »

Un bureau très proche de cette description est conservé au musée de Stockholm en Suède.

D’autres artisans nommée Gaudron sont connus pour avoir produit des horloges et pendules :
- Antoine Gaudron (vers 1640-1714) reçu maitre horloger à Saint-Germain-des-Prés entre 1660-1665 puis à Paris en 1675
- Pierre Gaudron (mort en 1745) reçu maître horloger en 1695 et fut l’horloger du duc d'Orléans.

Sources :
Les ébénistes français de louis XIV a la révolution, Alexandre Pradére, Le Chêne
Le Mobilier français du XVIIIe siècle : Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Pierre Kjellberg, Edition de l’amateur

Bibliographie :
Les Gaudron, ébéniste du temps de Louis XIV, Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, Numéro 6841-2000.

mardi 8 septembre 2009